Patienter un petit instant
"Athéniens (Européens), n’attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent; c’est l’œuvre de votre corruption: vous-mêmes avez mis la puissance dans la main de ceux qui vous oppriment. Vos oppresseurs se sont avancés avec habileté comme des renards, et vous, vous n’êtes que des imprudents et des lâches: vous vous laissez séduire par la vaine éloquence et par les grâces du langage. Jamais la raison ne vous guide dans les choses sérieuses." - Solon d’Athènes

Dominique Plihon: Islande, Argentine. "Le rôle décisif du mouvement social"

Un article de Dominique Plihon, Conseil scientifique d’Attac, publié dans la revue Les Temps nouveaux.
Article complet ici:

Deux expériences de sortie de crise : Argentine et Islande. Quelles leçons pour les pays européens ?

Le rôle décisif du mouvement social

Les expériences de restructuration et de moratoire des dettes en Islande et en Argentine n’ont été possibles que grâce à la résistance populaire. En Islande, une gigantesque pétition rassemblant un tiers des habitants de l’île a exigé l’organisation d’un référendum portant sur le plan de remboursement à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas des 3,9 milliards d’euros de dettes de la banque islandaise Icesave. Le 6 mars 2010, les islandais ont répondu « non » à plus de 93% au référendum. Mais sous la pression internationale, le gouvernement islandais a dû négocier un nouvel accord. Celui-ci a été rejeté le 9 avril 2011 à l’occasion d’un deuxième référendum exigé par une nouvelle mobilisation des citoyens islandais refusant de payer les pots cassés de la crise.

Il y a dix ans en Argentine, pays avec une forte tradition de luttes sociales, c’est la rébellion populaire qui fait avorter le programme d’ajustement et d’austérité. Pendant des semaines, des piquets ont barré les routes et les grèves ont paralysé les villes. Une grande alliance s’est formée dans les rues entre les chômeurs et la classe moyenne sous le mot d’ordre commun « Que se vayan todos ! » [5] (Qu’ils s’en aillent tous !) et a imposé la chute du gouvernement du président De la Rua en décembre 2001. A partir de ce moment là, la voix du peuple ne pouvait plus être ignorée. Le gouvernement a dû faire d’importantes concessions, revaloriser les salaires. La situation de l’emploi s’est améliorée, la pauvreté a diminué et les droits démocratiques ont augmenté. C’est poussé par cette mobilisation populaire que le président Kirchner a pu décréter un moratoire sur la dette.
Quelles leçons pour les pays périphériques de l’Union européenne ?

Trois leçons principales peuvent être tirées des expériences de sortie de crise de l’Argentine et de l’Islande. D’abord, seule la résistance populaire et les luttes sociales pourront conduire à l’abandon des politiques néolibérales. La montée des mouvements sociaux en Europe, qui prennent des formes originales telles que le mouvement des indignés, peuvent être le point de départ de changements importants. Fin 2011, la crise de la zone euro est à son paroxysme, et s’est muée en crise politique après les démissions de Papandréou et de Berlusconi. Deux forces s’affrontent : d’un côté les marchés et l’oligarchie politico-financière ; d’un autre côté, les peuples et les mouvements sociaux.

En Grèce, la proposition de référendum de Papandréou, abandonnée sous la pression humiliante du couple Merkozy, indique clairement que le gouvernement ne peut plus gouverner sans que soit entendue la voix du peuple. Toutefois, la nomination de deux anciens hauts responsables européens – Papademos (ancien vice-président de la BCE) et Monti (ancien commissaire européen) – respectivement à la tête des gouvernements grec et italien, suggère qu’on est encore loin d’une remise en cause des politiques néolibérales …

Deuxièmement, la sortie de crise passe inévitablement par une restructuration de la dette, comportant l’annulation d’une partie importante de celle-ci [6]. Là aussi, la pression du mouvement social est essentielle pour que les créanciers supportent la plus grande partie du fardeau de l’ajustement. L’audit de la dette, qui n’a eu lieu ni Argentine ni en Islande, peut être un moyen efficace de créer les conditions d’une réduction de la dette, en faisant payer les banques, entreprises, et hauts revenus bénéficiaires des transferts illégitimes de l’État. Des comités d’audit ont déjà été créés dans plusieurs pays européens, dont la Grèce et la France. Ils permettront d’organiser une pression citoyenne face à l’oligarchie politico-financière.

Troisièmement, en Europe, se pose aujourd’hui la question du régime monétaire. La dévaluation monétaire a facilité la sortie de crise de l’Argentine et de l’Islande, comme on l’a souligné. Le renoncement à de tels ajustements monétaires dans la zone euro, où les taux de change sont fixes, n’est tenable que si deux conditions sont réunies. D’une part, une politique budgétaire et fiscale commune doit permettre des transferts de ressources publiques entre les pays du centre et de la périphérie de l’union monétaire. D’autre part, afin de réduire la dépendance de ces derniers vis-à-vis des marchés financiers internationaux, la banque centrale européenne doit contribuer par la création monétaire au financement des Etats et des institutions créées par ces derniers, telles que le Fonds européen de stabilité financière. L’avenir de la zone euro dépend en grande partie de la satisfaction de ces deux conditions.

Quelles leçons pour les pays périphériques de l’Union européenne ?

Trois leçons principales peuvent être tirées des expériences de sortie de crise de l’Argentine et de l’Islande. D’abord, seule la résistance populaire et les luttes sociales pourront conduire à l’abandon des politiques néolibérales. La montée des mouvements sociaux en Europe, qui prennent des formes originales telles que le mouvement des indignés, peuvent être le point de départ de changements importants. Fin 2011, la crise de la zone euro est à son paroxysme, et s’est muée en crise politique après les démissions de Papandréou et de Berlusconi. Deux forces s’affrontent : d’un côté les marchés et l’oligarchie politico-financière ; d’un autre côté, les peuples et les mouvements sociaux.
En Grèce, la proposition de référendum de Papandréou, abandonnée sous la pression humiliante du couple Merkozy, indique clairement que le gouvernement ne peut plus gouverner sans que soit entendue la voix du peuple. Toutefois, la nomination de deux anciens hauts responsables européens – Papademos (ancien vice-président de la BCE) et Monti (ancien commissaire européen) – respectivement à la tête des gouvernements grec et italien, suggère qu’on est encore loin d’une remise en cause des politiques néolibérales …
Deuxièmement, la sortie de crise passe inévitablement par une restructuration de la dette, comportant l’annulation d’une partie importante de celle-ci [6]. Là aussi, la pression du mouvement social est essentielle pour que les créanciers supportent la plus grande partie du fardeau de l’ajustement. L’audit de la dette, qui n’a eu lieu ni Argentine ni en Islande, peut être un moyen efficace de créer les conditions d’une réduction de la dette, en faisant payer les banques, entreprises, et hauts revenus bénéficiaires des transferts illégitimes de l’État. Des comités d’audit ont déjà été créés dans plusieurs pays européens, dont la Grèce et la France. Ils permettront d’organiser une pression citoyenne face à l’oligarchie politico-financière.
Troisièmement, en Europe, se pose aujourd’hui la question du régime monétaire. La dévaluation monétaire a facilité la sortie de crise de l’Argentine et de l’Islande, comme on l’a souligné. Le renoncement à de tels ajustements monétaires dans la zone euro, où les taux de change sont fixes, n’est tenable que si deux conditions sont réunies. D’une part, une politique budgétaire et fiscale commune doit permettre des transferts de ressources publiques entre les pays du centre et de la périphérie de l’union monétaire. D’autre part, afin de réduire la dépendance de ces derniers vis-à-vis des marchés financiers internationaux, la banque centrale européenne doit contribuer par la création monétaire au financement des Etats et des institutions créées par ces derniers, telles que le Fonds européen de stabilité financière. L’avenir de la zone euro dépend en grande partie de la satisfaction de ces deux conditions.

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" Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture là. Il faut ranimer la confiance du peuple en lui-même en lui rappelant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir. "
Thomas Sankara