
Extraits d’un poème de Solon d’Athènes
(592 – 559 avant J.-C.)
Nommé archonte (grand législateur) en l’an 569 av. J.-C., pour un an, Solon abrogea d’abord les lois injustes de Dracon (à qui nous devons aujourd’hui le mot draconien) et rétablit la stabilité et l’harmonie à Athènes, à travers des lois sages. Il refusa cependant le pouvoir souverain en disant qu’il ne se « ferait jamais le tyran de ses égaux ». Après avoir pacifié Athènes, il prit volontairement la route de l’exil pendant dix ans, après avoir fait jurer à ses concitoyens qu’ils vivraient en paix jusqu’à son retour. Voici malheureusement ce qui arriva. Combien de fois les hommes laisseront-ils l’histoire se répéter de la sorte ?
Jupiter ou le Destin qu’il représente veut que notre ville ne soit jamais détruite ; elle est en outre défendue par la fille illustre du dominateur éternel, Pallas Minerve, qui l’a bâtie de ses mains. Mais hélas ! des citoyens insensés veulent détruire eux-mêmes cette cité superbe par leur amour insatiable de l’or : ceux qui la gouvernent entassant injustice sur injustice hâtent encore sa ruine. Leur immense avidité n’a aucune borne. Ils ignorent que le bonheur de la vie est dans la modération et la tranquillité ; ils ne songent qu’à amasser des richesses par des moyens honteux.
Ils ne respectent ni les propriétés sacrées ni le trésor public ; ils pillent tout ce qui se rencontre au mépris des saintes lois de la justice.
Mais cette justice éternelle, silencieuse aujourd’hui, conserve dans sa mémoire leurs coupables rapines ; elle connaît le passé, elle voit le présent, elle arrive à l’heure marquée, elle punit enfin tant d’infamies. C’est par ces raisons criminelles qu’Athènes tout entière se trouve affligée de cruelles souffrances, que nous sommes tombés dans un esclavage insupportable, que nous avons été environnés d’horribles séditions, qu’une guerre cruelle est venue nous dévorer et qu’au bonheur le plus doux ont succédé des maux affreux. Notre ville si puissante et si aimable a été tout à coup opprimée par des hommes féroces : le crime triomphe ; l’homme de bien est exposé à l’outrage ou à la mort. Voilà les malheurs qui sont venus fondre sur Athènes. Et défié plusieurs de nos citoyens, mis à d’indignes enchères, chargés de liens comme des criminels, sont entraînés ignominieusement dans des régions lointaines.
La calamité publique envahit toutes les maisons particulières ; ni les beaux portiques ni les portes d’airain ne sauraient l’empêcher : elle monte sur les toits les plus élevés et y découvre ceux qui s’y réfugient comme s’ils étaient dans leur lit. Que les Athéniens apprennent ainsi que l’injustice est toujours la ruine des empires. Avec la justice au contraire règne la modération : elle tempère la dureté, elle abaisse l’ambition, elle repousse l’injure et l’outrage ; elle détruit les semences naissantes de la discorde, elle rectifie les jugements, elle calme les cœurs aigris, elle met un frein à la sédition ; sous son gouvernement heureux la sagesse et l’intégrité règlent toutes les actions des hommes.
Athéniens, n’attribuez pas aux dieux les maux qui vous accablent ; c’est l’œuvre de votre corruption : vous-mêmes avez mis la puissance dans la main de ceux qui vous oppriment. Vos oppresseurs se sont avancés avec habileté comme des renards, et vous, vous n’êtes que des imprudents et des lâches : vous vous laissez séduire par la vaine éloquence et par les grâces du langage. Jamais la raison ne vous guide dans les choses sérieuses.
Une force destructive s’échappe de la nue embrasée et de la grêle retentissante ; un tonnerre impétueux sort de l’éclair brillant ; le vent soulève d’immenses orages sur la mer, et souvent par les grands hommes périssent les grands Etats ; souvent les peuples imprudents se trouvent tout à coup dominés par les usurpateurs. J’avais donné par mes lois une égale puissance à tous les citoyens ; je n’avais rien ôté, rien ajouté à personne ; j’avais ordonné aux plus riches et aux plus puissants de ne rien faire contre les faibles, j’avais protégé les grands et les petits d’un double bouclier d’une force égale de chaque côté, sans donner plus aux uns qu’aux autres ; mes conseils furent méprisés : on en porte la peine aujourd’hui. »
(Traduit par Ernest Falconnet)
Comment Solon d’Athènes vint à bout d’une montagne de dette Par Andréa Andromidas - 7 juin 2010
« Il faut supprimer un quatorzième du salaire mensuel. Les gens ont vécu au-dessus de leurs moyens, maintenant il faut se serrer la ceinture ! »
Voilà ce qu’on entend souvent dire aujourd’hui à propos de la Grèce, et pourtant tout le monde sait que les montagnes de dettes des banques portugaises, irlandaises, espagnoles, italiennes, allemandes et autres, sont non seulement gargantuesques, mais qu’elles ont été générées de manière tout à fait frauduleuse.
Solon d’Athènes (VIIe siècle av. J.-C.), homme d’Etat encore encensé aujourd’hui, non sans raison, comme un modèle de sagesse, fut confronté à un problème d’endettement similaire, lorsqu’il fut élu archonte en 594 av. J.-C. La situation à l’époque étant beaucoup plus évidente que celle de notre monde « mondialisé », le lecteur pourra saisir plus facilement les principes se rapportant à la situation actuelle.
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